1 300 jours sur 60 mois : démissionner pour créer son entreprise sans perdre ses droits

L’essentiel est de respecter le bon ordre administratif : conseil en évolution professionnelle, validation du projet, démission, inscription à France Travail, puis création ou reprise d’entreprise. Une étape inversée peut suffire à fragiliser vos droits.
Le cadre à comprendre avant de quitter son CDI
Le dispositif souvent appelé démission-reconversion permet à certains salariés de démissionner pour mener un projet professionnel, notamment une création ou une reprise d’entreprise, tout en pouvant bénéficier de l’ARE, l’allocation d’aide au retour à l’emploi.
Il concerne surtout les salariés en CDI du secteur privé. Si vous êtes en CDD, agent public, indépendant ou salarié avec une situation contractuelle particulière, les règles ne sont pas les mêmes. Dans ces cas, il faut regarder d’autres options, comme la fin de contrat, la disponibilité, la rupture conventionnelle lorsqu’elle est possible, ou un démarrage progressif avec une activité indépendante.
Une démission légitime, mais pas automatique
La démission pour création d’entreprise peut être considérée comme légitime si elle s’inscrit dans le dispositif prévu et si votre projet est reconnu comme réel et sérieux. Cela veut dire que l’administration ne se contente pas d’une intention générale du type « je veux me lancer ». Elle attend un projet suffisamment construit, avec une activité envisagée, un marché, un modèle économique, des besoins de financement, des compétences, un calendrier et une cohérence avec votre parcours.
Il n’est pas obligatoire de détailler votre projet dans la lettre adressée à l’employeur. Cette lettre sert surtout à formaliser votre volonté de démissionner et à faire courir le préavis. En revanche, votre dossier de validation doit être solide et cohérent.
Le préavis reste applicable
Démissionner pour entreprendre ne supprime pas automatiquement le préavis. Sa durée dépend de votre contrat de travail, de votre convention collective ou des usages applicables. Vous pouvez demander une dispense à votre employeur, mais il peut l’accepter ou la refuser. Pensez aussi à vérifier une éventuelle clause de non-concurrence, surtout si votre future activité touche au même secteur que votre poste actuel.
Les conditions pour toucher le chômage après la démission
La condition la plus structurante est l’activité salariée antérieure. Vous devez justifier de 1 300 jours travaillés sur les 60 mois précédant la fin de votre contrat, soit l’équivalent de 5 ans d’activité. Cette exigence fixe le cadre du dispositif, car elle réserve l’ouverture de droits aux salariés ayant une trajectoire professionnelle suffisamment longue.
Ces 1 300 jours doivent être vérifiés avec attention, notamment si vous avez connu des changements d’employeur, des périodes d’interruption, un temps partiel, un congé ou une mobilité. Avant toute décision irréversible, il est prudent de contrôler votre situation via les informations officielles disponibles sur demission-reconversion.gouv.fr et avec un conseiller compétent.
La validation du projet doit arriver avant la démission
Le point le plus risqué reste l’ordre des démarches. Votre projet doit être examiné et validé par la commission compétente, souvent via Transitions Pro ou la CPIR, avant que vous ne démissionniez. Si vous quittez votre emploi d’abord en pensant régulariser ensuite, vous prenez le risque de ne pas entrer dans le dispositif.
La commission délivre une attestation du caractère réel et sérieux du projet. Cette validation ne garantit pas à elle seule le montant final de vos droits, mais elle reste une condition indispensable pour demander l’ouverture de l’ARE auprès de France Travail après la rupture du contrat.
Le projet doit reposer sur autre chose qu’une bonne idée
Une idée peut être séduisante sans être encore exploitable. Pour convaincre, votre dossier doit montrer que vous avez transformé l’envie en trajectoire : étude de marché, premières hypothèses de chiffre d’affaires, charges prévisionnelles, clients ciblés, stratégie commerciale, besoins matériels, choix du statut juridique et plan de financement.
Un bon dossier tient comme une base solide. Il ne se voit pas toujours dans la partie la plus attractive du projet, mais il porte tout le reste. Beaucoup de créateurs se concentrent sur le nom, le logo ou le produit, alors que la stabilité vient d’éléments plus concrets : trésorerie minimale, marge de sécurité personnelle, capacité à encaisser trois mois plus faibles que prévu, compréhension des délais de paiement. Avant de démissionner, il faut donc se demander non seulement si l’idée peut vendre, mais aussi ce qui la maintient debout si le démarrage est plus lent.
L’ordre des démarches à respecter pour éviter la perte de droits
La bonne méthode consiste à traiter la démission comme la dernière étape salariée, et non comme le point de départ du projet. Vous pouvez préparer beaucoup de choses avant de quitter votre poste, mais l’accès au dispositif suppose une séquence précise.
- Contacter un conseil en évolution professionnelle : le CEP vous aide à clarifier votre projet, vos motivations et votre plan d’action.
- Construire le dossier de création ou de reprise : activité, marché, budget, statut, financement, calendrier.
- Déposer la demande de validation auprès de l’organisme compétent, notamment Transitions Pro selon votre région.
- Obtenir l’attestation de projet réel et sérieux avant toute démission.
- Démissionner et effectuer le préavis, sauf dispense accordée par l’employeur.
- S’inscrire à France Travail après la fin effective du contrat pour demander l’ouverture des droits.
- Créer ou reprendre l’entreprise en respectant le calendrier prévu.
Le délai de 6 mois après validation
Après l’attestation de validation, vous disposez en principe de 6 mois pour déposer votre demande d’allocation auprès de France Travail. Ce délai impose d’anticiper votre préavis, la date de fin de contrat et le calendrier de création. Une validation obtenue trop tôt, puis laissée sans suite, peut créer une tension inutile sur le planning.
Une fois le contrat terminé, conservez soigneusement vos documents : attestation employeur, certificat de travail, solde de tout compte, courrier de démission, attestation de validation du projet. Ils peuvent être nécessaires pour fluidifier l’inscription et éviter les échanges administratifs à répétition.
Les formalités de création selon le statut choisi
La création peut se faire sous forme d’entreprise individuelle, de micro-entreprise, d’EURL ou de SASU. La micro-entreprise permet souvent de démarrer vite avec des formalités allégées, mais elle ne convient pas à tous les modèles, notamment si vos charges sont élevées ou si vous souhaitez vous associer plus tard.
Une société comme l’EURL ou la SASU demande davantage de formalités : rédaction des statuts, dépôt du capital social, publication éventuelle dans un journal d’annonces légales, puis immatriculation via le guichet unique. À l’issue de l’immatriculation, l’entreprise obtient ses identifiants, comme le SIREN ou le SIRET, et éventuellement un extrait Kbis selon la forme retenue.
ARE, ACRE, ARCE : choisir le bon filet financier
Une fois vos droits ouverts, l’ARE peut jouer un rôle utile : maintenir un revenu pendant les premiers mois, le temps de tester l’activité, de trouver des clients et de stabiliser la trésorerie. Mais l’ARE n’est pas la seule aide à envisager.
| Dispositif | Utilité principale | Point de vigilance |
|---|---|---|
| ARE | Revenu de remplacement versé par France Travail | Ouverture soumise aux conditions du dispositif et à votre situation |
| ACRE | Allègement de cotisations sociales au démarrage | Demande à effectuer dans certains cas, notamment sous 45 jours pour les micro-entrepreneurs |
| ARCE | Versement d’une partie des droits chômage sous forme de capital | Choix à arbitrer avec le maintien mensuel de l’ARE |
| Aides régionales ou accompagnement CCI | Appui financier, formation, réseau ou suivi | Conditions variables selon les territoires et les profils |
ARE ou ARCE : deux logiques différentes
L’ARE sécurise votre revenu mois après mois. Elle convient souvent lorsque le chiffre d’affaires est incertain, que le cycle de vente est long ou que vous avez besoin d’un temps d’installation. L’ARCE, elle, transforme une partie des droits en capital. Elle peut être utile si vous devez financer rapidement du matériel, un stock, un local, une campagne commerciale ou un besoin de trésorerie initial.
Le bon choix dépend de votre modèle économique. Une activité de conseil avec peu de charges n’a pas les mêmes besoins qu’un commerce, une activité artisanale ou une reprise d’entreprise. Avant de choisir l’ARCE, comparez votre besoin immédiat de financement avec votre besoin de revenu personnel dans les mois qui suivent.
Les alternatives si la démission est trop risquée
Démissionner pour créer son entreprise n’est pas toujours la meilleure option. Si vous ne remplissez pas les 1 300 jours travaillés sur 60 mois, si votre projet n’est pas encore assez mûr ou si vous avez besoin de conserver votre salaire plus longtemps, d’autres voies peuvent être plus protectrices.
- La rupture conventionnelle : si l’employeur l’accepte, elle permet une rupture d’un commun accord et peut ouvrir droit au chômage sans passer par le dispositif démission-reconversion.
- Le congé pour création d’entreprise : il permet de suspendre le contrat de travail pour tester un projet, sous conditions, avec la possibilité de retrouver son poste ou un emploi équivalent.
- Le passage à temps partiel : il peut permettre de lancer l’activité progressivement tout en conservant une partie de salaire.
- La création en parallèle : possible dans certains cas, à condition de respecter votre contrat, votre obligation de loyauté et les éventuelles clauses restrictives.
Si votre projet n’est pas validé, mieux vaut ne pas démissionner immédiatement. Le refus peut signaler un dossier incomplet, un modèle économique fragile ou une incohérence dans le calendrier. Vous pouvez alors retravailler votre projet, demander un accompagnement complémentaire auprès d’une CCI, d’un réseau spécialisé ou d’un conseiller, puis envisager une nouvelle stratégie.
La décision de quitter un CDI doit donc combiner envie entrepreneuriale et sécurité juridique. Le bon réflexe consiste à ne jamais faire de la démission le premier acte visible du projet. Préparez, faites valider, vérifiez vos droits, puis seulement ensuite engagez la rupture. C’est cette chronologie qui transforme une prise de risque en transition maîtrisée.